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Le jus de cornichon prévient les crampes musculaires?

Après ce qui a paru comme au moins 10 mois de trottoirs gelés, de froids à -40°C et de bancs de neige insurmontables, le printemps est enfin arrivé!

*Bien que techniquement, au moment d’écrire ces lignes, il neige dehors et il annonce -14°C demain (whyyy)*

Qui dit printemps dit retour graduel de la motivation pour aller dehors, et peut-être même pour courir dans autre chose que des trous de slush. Si tu fais partie des gens qui sont victimes des crampes, les lignes qui suivent sont pour toi.

Une crampe musculaire se définit comme une contraction musculaire soudaine, involontaire, et douloureuse d’un muscle, se dissipant d’elle-même en quelques secondes ou minutes, et étant souvent accompagnée d’une contracture musculaire palpable (Asker Jeukendrup, ISENC 2018). D’où vient cette fâcheuse crampe? Les chercheurs ne s’entendent pas sur un coupable, mais 2 mécanismes sont mis de l’avant:

  1. L’hypothèse de la déshydratation et de la déplétion en électrolytes
  2. L’hypothèse neuromusculaire

Jusqu’à maintenant, l’hypothèse la plus répandue était celle de la déshydratation.

Par contre, il est fréquent qu’une crampe se manifeste alors qu’un sportif est bien hydraté, ce qui ruine un peu l’hypothèse de la déshydratation. À l’opposé, l’hypothèse qui gagne du terrain dans les plus récentes études est l’hypothèse neuromusculaire. Pour les geeks de physiologie, voici en quelques étapes faciles le mécanisme qu’on pense responsable de la crampe (*si ça ne t’allume pas, passe au prochain paragraphe 😉):

  1. On fait un exercice répétitif
  2. Nos muscles se fatiguent
  3. On observe un déséquilibre des pulsions excitatrices et inhibitrices atteignant la moelle épinière
  4. En réponse, l’activité des motoneurones augmente (oui, motoneurones = des neurones en moto 🛵)
  5. L’activité des cellules musculaires augmente
  6. On attrape une crampe! 😣

Bien entendu, certains facteurs peuvent accentuer le risque de souffrir d’une crampe :

–        Fatigue musculaire
–        Contractions musculaires prolongées
–        Déshydratation
–        Hyperthermie (t’as très chaud)
–        Etc.

Contrôler ces facteurs est donc une idée intéressante pour éviter les crampes.

Cependant, en tant que nutritionniste, je préfère m’intéresser aux avenues alimentaires pour tenter de traiter les crampes. Et honnêtement, il y en a une en particulier qui est assez cool! Tu l’as lu dans le titre, aujourd’hui on parle de jus de cornichon (pickle juice)!

Il est à noter que le nombre et la qualité des études à ce sujet sont très limités (comparable je dirais au nombre de personnes qui acceptent volontairement de boire du jus de cornichons!). Malgré ceci, les anecdotes de sportifs qui vantent les mérites du pickle juice sont très nombreuses. Une étude de cas faite en 2000 a montré que l’ingestion de 30 à 60 mL de jus de cornichon était associée à la disparition de la crampe musculaire en 35 secondes!

Comment ça pourrait fonctionner? Pour mieux comprendre, on doit s’attarder à ce que contient le fameux liquide jaunâtre. 2 ingrédients : du sodium et de l’acide acétique (Ch3COOH, ou aussi connu sous le nom de vinaigre). D’entrée de jeu, on pourrait penser que le sodium est l’élément responsable de la disparition de la crampe musculaire. Cependant, les chercheurs ont vite réalisé que le jus de cornichons n’augmente pas très rapidement la concentration sanguine de sodium, du moins, pas assez vite pour traiter une crampe au moment où elle survient!

L’ingrédient actif serait donc…le vinaigre? Eh bien oui! L’acide acétique activerait trois récepteurs (i.e. TRPV1, TRPA1, et TRPM8) au niveau du tube digestif supérieur (dans la région de la bouche et du pharynx). Bien que les études à ce sujet soient encore à leurs balbutiements (lire : on ne sait pas trop de quoi on parle), on pense que peu après l’ingestion du jus (avant même qu’il soit absorbé au niveau intestinal), ces récepteurs capteraient l’information et déclencheraient un réflexe oropharyngien inhibitoire qui réduirait l’activité des motoneurones dans les muscles qui subissent la crampe. En termes plus simples, quand tu bois le jus de cornichon, des messagers se déplacent rapidement jusqu’à ton muscle pour dire à ta crampe : «Hey, va-t’en svp!». Résultat : ta crampe disparaît plus rapidement que si tu t’étais simplement tourné les pouces.

Reprenant cette idée, d’autres entrepreneurs qui aiment les produits au goût bizarre ont récemment commercialisé un “shooter” de moutarde. Pourquoi pas… À ce rythme, il manquera bientôt seulement que le pain, le ketchup et la saucisse pour obtenir un bon roteux.

Bref, on rigole, mais les études en lien avec le pickle juice et autres substances contre les crampes sont en pleine ébullition. Donc, si d’ici quelques années tu vois des coureurs au Parc Jarry avec un pot de cornichons à la main, tu pourras te dire qu’ils sont d’avides combattants de la crampe, et non des enthousiastes du cornichon en “trip de bouffe”! Quoique…

En terminant, j’aimerais te laisser sur cette réflexion existentielle : maintenant que tu sais que le jus de cornichon et la moutarde pourraient aider à traiter tes crampes, choisiras-tu de t’infliger une saveur aussi intense pendant ta prochaine course, ou endureras-tu la douleur? Si tu préfères ne pas utiliser de jus de cornichon, il est toujours bien de prendre les mesures nécessaires AVANT ta course pour prévenir les crampes au lieu de les traiter. Pour ce faire, n’hésite pas à visiter tes thérapeutes préférés chez Activcoop, ils auront des réponses à tes questions 😉

Nicolas Leduc-Savard
Dt.P., M.Sc., Diététiste – Nutritionniste du sport

 

RÉFÉRENCES :

Behringer, M., Nowak, S., Leyendecker, J., & Mester, J. (2017). Effects of TRPV1 and TRPA1 activators on the cramp threshold frequency: a randomized, double-blind placebo-controlled trial. European journal of applied physiology, 117(8), 1641-1647.

Miller KC (2014) Electrolyte and plasma responses after pickle juice, mustard, and deionized water ingestion in dehydrated humans. J Athl Train 49: 360-367.

Miller KC, Mack GW, Knight KL, Hopkins JT, Draper DO, Fields PJ, Hunter I (2010b) Reflex inhibition of electrically induced muscle cramps in hypohydrated humans. Med Sci Sports Exerc 42(5):953–961.

Miller KC, Mack G, Knight KL (2009) Electrolyte and plasma changes after ingestion of pickle juice, water, and a common carbohydrate-electrolyte solution. J Athl Train 44: 454-461.

Qiu, J., & Kang, J. (2017). Exercise associated muscle cramps-A current perspective. Scientific Pages Sports Med, 1(1), 3-14.

Schwellnus, M. P., & Hoffman, M. D. (2017). Transient receptor potential channels and exercise-associated muscle cramping: a tale of multiple complexities.

Schwellnus, M. P., Drew, N., & Collins, M. (2011). Increased running speed and previous cramps rather than dehydration or serum sodium changes predict exercise-associated muscle cramping: a prospective cohort study in 210 Ironman triathletes. British journal of sports medicine, 45(8), 650-656.

Schwellnus, M. P. (2009). Cause of exercise associated muscle cramps (EAMC)—altered neuromuscular control, dehydration or electrolyte depletion?. British journal of sports medicine, 43(6), 401-408.

Sulzer, N. U., Schwellnus, M. P., & Noakes, T. D. (2005). Serum electrolytes in Ironman triathletes with exercise-associated muscle cramping. Medicine and science in sports and exercise, 37(7), 1081-1085.

Williams, R. B., & Conway, D. P. (2000). Treatment of acute muscle cramps with pickle juice: a case report. J Athl Train, 35(suppl 2), S24.

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